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Juin - Ho-yeon-ji-gi

Après l’école je suis allé chez le dentiste avec Hee-jeong. Son père nous a examinés tous les deux. Pendant que j’étais allongé la bouche grande ouverte, il m’a taquiné.

— Alors, tu serais le petit ami de ma fille ?

Les assistantes ont éclaté de rire en me regardant. Il a dit que nos dents étaient en excellent état.

Pour fêter ça nous avons acheté chacun un chocolat.

Ce samedi nous avons décidé de griller de la viande et des saucisses dans notre jardin. Une petite garden-party toute simple. Papa a appelé lui-même la famille de Hee-jeong et celle de Dong-wan pour les inviter à dîner. Tante Jeong-su et Oncle ont dit qu’ils avaient déjà un engagement et arriveraient peut-être un peu en retard. Papa a dit que c’était très bien.

J’ai prié Dieu pour qu’il ne pleuve pas samedi. La foi semble venir toute seule.

Jong-gu était absent. Notre professeur principal a dit qu’il était malade. Après l’école, Dong-wan et moi sommes allés lui rendre visite. Au moment où nous allions sonner, nous avons entendu des cris furieux venant de l’intérieur. Nous avons déguerpi aussitôt. Pourvu que ce ne soit rien de grave…

Je me suis levé tôt. Le ciel était couvert. Heureusement il ne tombait pas des cordes. Je balayais le jardin et rangeais les plates-bandes quand Papa m’a dit de me dépêcher ou je serais en retard à mon cours.

Aujourd’hui même les maths se sont bien passées. Ma conversation avec Mr Jamie était amusante. Il a eu un accident de voiture et ne peut plus utiliser le bas de son corps. Il m’a montré son fauteuil roulant. Il parle très lentement et clairement, alors je peux comprendre. Quand je lui ai dit que j’aimais « April » de Deep Purple il m’en a chanté les premières mesures. Je crois que nous pourrions devenir de bons amis.

Oncle dit que Mr Jamie travaille à domicile comme professeur d’anglais à cause de son handicap. Il enseigne en ligne en Corée, au Japon, en France, en Espagne et dans d’autres pays. Mr Jamie est vraiment impressionnant. Mais il devrait peut-être perdre un peu de poids.

Quand je suis rentré, Maman avait rendu la maison impeccable. Papa revenait du supermarché les deux mains chargées. Ils avaient tous les deux enfilé leurs habits spéciaux de garden-party. Jardin ou pas, nous n’avons qu’un minuscule carré de verdure, mais ça compte. Aujourd’hui j’ai même trouvé Papa plutôt élégant. Pas de ventre, coupe moderne. Maman aussi avait l’air mince et jolie. Nous étions tellement occupés ces derniers temps que nous ne nous étions pas vraiment regardés.

La famille de Dong-wan est arrivée en premier. Sa mère a apporté une bouteille de vin. Hee-jeong est venue avec ses parents. Son grand frère n’est pas venu : il dit qu’il déteste ça parce qu’il n’y a personne de son âge. Son père a apporté une bouteille d’alcool de première qualité. Tante Jeong-su et Oncle sont arrivés environ une heure plus tard.

Les pères, canettes de bière à la main, ont grillé viande et saucisses dans le jardin. Les mères, assises sous le parasol, bavardaient élégamment un verre de vin à la main.

Nous avons découvert que le père de Hee-jeong était en fait de trois ans l’aîné de Papa à l’université. Apparemment ils ne s’étaient jamais croisés. Ce qui se comprend : les probabilités pour qu’un étudiant en philosophie rencontre un étudiant en dentaire doivent frôler le zéro.

Les pères ont parlé de Flash Girl et de True Colors sans voir le temps passer. Les mères ont parlé encore et encore des cours de maths et d’anglais des enfants. Dans le salon, Deep Purple tournait en boucle.

Vers minuit, les mères ont ramassé leurs maris ivres et les ont ramenés chez eux un par un. Nous n’aurions pas dû parler de politique. À la seconde où le sujet est apparu, les pères ont commencé à boire deux fois plus vite.

Tôt le matin, alors que je nettoyais le jardin, j’ai salué l’homme de la chambre mansardée. Le voisin qui avait emménagé récemment. Il s’est présenté. Il s’appelle Sisina et vient du Sri Lanka. Comme je ne vois pas souvent d’étrangers, je ne pouvais pas deviner son âge. Il était si beau qu’on pourrait tomber amoureux au premier regard. Honnêtement, il pourrait être acteur.

Il travaillait auparavant dans une usine à Ansan mais a récemment changé d’emploi et emménagé à Gugil-dong. L’usine d’Ansan avait fait faillite.

— Alors vous avez été payé correctement ? J’ai entendu dire que certains patrons ne paient pas…

— Tu t’y connais, dis donc. Oui, j’ai tout reçu. Mon patron était un homme bien.

— Tant mieux. Mon grand-père dit qu’il y a beaucoup de mauvaises personnes.

— Oui. Mais j’ai de la chance. Cette fabrique de meubles à Gugil-dong m’a été recommandée par mon ancien patron.

Ses yeux étaient pleins de confiance.

— Monsieur, un jour vous me parlerez du Sri Lanka.

— D’accord. Sinon je vais être en retard. À bientôt.

Il parlait coréen avec une aisance incroyable. À l’oreille, impossible de savoir s’il était coréen ou étranger. Ça m’a rassuré. Je ne sais pas pourquoi mais je me suis senti soulagé.

Le matin, Hee-jeong a proposé de faire du vélo le long du fleuve Han. Évidemment mieux que de regarder la cérémonie à la télévision. Nous sommes allés jusqu’au pont de Dongjak. Assis sur un banc, nous avons mangé les inarizushi que sa mère avait préparés. C’étaient les meilleurs inarizushi du monde.

Hee-jeong sortit un smartphone et un Y-jack de sa poche et les brancha.

— Je l’ai acheté hier. Un jack pour couple. dit-elle un peu gênée. « Sors tes écouteurs. »

J’ai branché les miens, elle les siens. Elle a appuyé sur play et réglé le volume.

— C’est le Concerto pour violon de Beethoven…

Sa voix fut avalée par la mélodie.

Son clair, doux, pur. Le premier mouvement s’est terminé, puis le deuxième, puis le troisième. J’avais l’impression que de l’électricité parcourait tout mon corps.

— Apparemment Beethoven n’a écrit qu’un seul concerto pour violon dans toute sa vie.

Hee-jeong semblait légèrement euphorique comme ivre de musique.

— C’est incroyable. Donc c’est ça, le Concerto pour violon de Beethoven ?

— Oui. Mon frère l’écoute tout le temps.

J’avais l’impression que le temps s’était arrêté. Même le vent semblait s’être figé.

Je suis passé chez Kyobo et j’ai acheté un CD du Concerto pour violon de Beethoven. Quand je l’ai mis dans la vieille chaîne de ma chambre, c’était exactement cette pièce-là. Celle que j’avais écoutée avec Hee-jeong. J’ai monté le volume. Porté par l’excitation j’ai attrapé un crayon et j’ai même fait semblant de diriger l’orchestre. Maman m’a appelé pour dîner mais je n’ai rien entendu. Elle a ouvert la porte.

— Combien de fois dois-je t’appeler ?

J’ai dû arrêter de diriger.

En fouillant dans l’étagère de Papa j’ai trouvé un livre de musique au titre drôle. Quand applaudit-on ? Apparemment, en musique classique, on n’applaudit pas n’importe quand.

Dans Quand applaudit-on ? j’ai relevé quelques citations. Mon journal a gagné un peu d’autorité.

 « La musique raconte sa propre histoire. Il suffit de lui en laisser la chance. » —

Yehudi Menuhin

 « La forme de dépense la plus inutile est sans doute la musique. » — Mauricio Kagel

 « Croire qu’il faut comprendre la musique pour en jouir est une grande illusion. » —

Manuel de Falla

 « Dans ce monde sans son, comme un monde de fantômes, ce dont nous avons

précisément besoin, c’est de musique. » — Ingeborg Bachmann

 « Celui qui a peu de curiosité fait peu de découvertes. » — Goethe

 « La musique est la vibration de l’univers et nous en faisons partie. » — Ferruccio

Busoni

Mauricio Kagel… non, vraiment, celui-là ne passera pas.

Si jamais je vais à un concert classique je ferais mieux de ne pas applaudir. J’ai l’impression que je pourrais gâcher toute la représentation. Ce soir nous avons dîné chez Grand-père. Après la vaisselle j’ai marché un peu avec lui. Il dit qu’il a un problème en ce moment : Grand-mère n’arrête pas de le pousser à s’inscrire avec elle à des cours de danse. À mon avis, c’est vraiment un problème très sérieux. Bientôt ils vont vraiment aller à l’école de danse !

Sur le chemin du retour j’ai croisé Monsieur Sisina. Des gamins du quartier le suivaient en le taquinant. J’ai crié :

— Bande de voyous !

Et je les ai chassés. Monsieur Sisina s’est contenté de sourire. Il doit avoir l’habitude. Je me suis senti coupablement triste pour lui. Ces gamins… !

Test d’écoute en anglais. J’ai des oreilles donc j’entends. Mais je ne comprends absolument rien.

1er. Go Dong-wan

2e. Kim Hee-jeong, Lee Jong-gu

Dong-wan est bon en classe, bon en sport et le plus populaire. S’il se présente comme délégué le trimestre prochain il sera élu.

Mais moi j’ai Hee-jeong.

Le père de Hee-jeong a appelé le mien. Il veut que nous allions à Dobong-san demain. Papa a sorti l’excuse du mal de dos en disant qu’il ne pouvait pas. J’irai comme représentant de la famille.

J’ai prêté à Hee-jeong Quand applaudit-on ? de Daniel Hope. J’aimerais aller un jour à un concert classique avec elle.

Pour la première fois de ma vie j’ai grimpé jusqu’à Ui-am sur Dobong-san. J’ai compris le vrai sens de ho-yeon-ji-gi. 07 h 40 Réveil. 07 h 50 Hee-jeong appelle pour vérifier que je suis debout. Elle dit de ne pas prendre de petit-déjeuner et de venir directement. 08 h 10 Papa me dépose chez Hee-jeong. 08 h 15 Sa mère sert le petit-déjeuner. Je mange à ma faim. 08 h 20 Elle prépare des inarizushi pour le déjeuner. 08 h 25 Le père de Hee-jeong en vole deux en douce. 08 h 26 Hee-jeong en prend deux et m’en donne un. 08 h 28 Son grand frère en fourre trois d’un coup dans sa bouche. 08 h 30 Sa mère dit qu’il n’y en aura pas assez. Nous devrons acheter du kimbap à Dobong-san. 08 h 35 Son père va aux toilettes. 08 h 40 On nous ajoute aussi du Choco Pie, de l’eau, du chocolat. 08 h 45 Son père est encore aux toilettes. 08 h 50 Il en sort enfin. 08 h 55 Il règle le GPS. 08 h 57 Départ, enfin ! 09 h 40 Arrivée au park-and-ride de Dobong-san. Il tire le sac du coffre et claque la porte trop fort. Tout le monde sursaute. Lui surtout. 10 h 00 Nous flânons dans le marché alimentaire. Nous ne sommes même pas encore arrivés à l’entrée. 10 h 10 Achats : jokbal et kimbap. Il bave devant le makgeolli mais n’en achète pas. On dirait qu’il envisage sérieusement d’engager un chauffeur. Mais je n’en suis pas sûr. 10 h 20 Nous passons le marché et nous dirigeons vers les portes. 10 h 25 Nous étudions la carte pour trouver Ui-am. Nous marchons longtemps puis arrivons à une bifurcation. Hee-jeong et moi avons raison mais son père insiste : c’est son chemin qui est le bon. Nous le suivons. Bientôt nous découvrons que c’étaient Hee-jeong et moi qui avions raison. Il marmonne que ce n’est pas possible, que la carte doit être fausse. 10 h 45 Il souffle jusqu’au menton. Pause. 12 h 00 Arrivée au sommet d’Ui-am. C’est un peu raide. Je lui prends la main. Soudain mon cœur se met à battre 3,14 fois plus vite. Je crois que je fais un arrêt cardiaque. Elle, elle va parfaitement bien. 12 h 05 Photo souvenir. 12 h 30 Déjeuner. Son père grogne : « Le jokbal tout seul c’est sec. » Il regarde jalousement les gens qui boivent du makgeolli. 12 h 55 Nous trempons nos pieds dans le ruisseau. Son père appelle ça un « bain de pieds ». Glacé. 14 h 40 Descente terminée. 14 h 50 Départ pour rentrer. 15 h 50 Arrivée chez Hee-jeong. Papa et Maman nous attendent là. 16 h 20 Les deux familles vont ensemble au jjimjilbang.

De retour à la maison j’ai mis le Concerto pour violon de Beethoven et me suis écroulé.

Maman dit que l’agence de voyages manque de personnel. Elle a embauché deux nouveaux employés. Chaque matin c’est la guerre avant que Papa parte au travail. Il doit vraiment détester ça. Selon Maman, son cou et son dos lui font très mal. Une maladie professionnelle. Rester assis toute la journée devant un ordinateur.

Je pense que notre canapé porte aussi une part de responsabilité…

Maman a accordé à Papa un congé sabbatique d’un an. Papa dit qu’il remettra sa démission demain et quittera l’entreprise avant la fin du mois. Maman lui a demandé s’il n’avait pas besoin d’au moins un mois pour le passage de relais. Papa a répondu : « Relais de quoi ? » Ça montre à quel point il comptait dans son entreprise.

Papa a déclaré qu’il transférait tous ses pouvoirs de chef de famille à Maman. Comme s’il avait le moindre pouvoir à transférer…

Papa a remis sa lettre de démission. Dans deux semaines il sera officiellement sans emploi. Donc Maman est la patronne, Papa est chômeur et moi je suis étudiant. Quelle famille dynamique.

S’il arrive quoi que ce soit je prendrai le parti de Maman.

Le visage de Papa rayonne. Et si son mal de dos n’avait été qu’une comédie ?

Grand-mère a appelé Maman après avoir appris la nouvelle. Maman l’a rassurée. L’agence se porte bien. Elle a dit que Papa avait travaillé quinze ans sans repos et qu’une année sabbatique ne serait peut-être pas une si mauvaise idée. Maman a vraiment la classe.

Mais Papa ne va quand même pas se reposer plus d’un an… ?

Papa a appelé le père de Hee-jeong. Il veut retourner à Dobong-san. J’ai demandé à Dong-wan s’il voulait venir mais sa famille part en voyage à Byeonsan-bando ce week-end.

Donc nous reprenons l’équipe de la semaine dernière en y ajoutant seulement Papa. Je suis inquiet. Va-t-il réussir à grimper ? Il ne marche même pas cinq cents pas par jour.

J’ai transpiré en essayant d’expliquer à Mr Jamie la randonnée de Dobong-san de la semaine dernière. Quand j’ai dit « mountain climbing », il a eu l’air choqué. Il a demandé s’il existait vraiment une montagne aussi haute près d’une grande ville. Alors j’ai dit : « Seoul has many many mountains. »

C’était la première fois de ma vie que j’alignais cinq mots. Bon. Ce n’est pas le plus important.

Mr Jamie n’arrêtait pas de faire des têtes sidérées en parlant de cordes, de bivouacs et autres choses que je ne comprenais pas. Il devait être tellement surpris qu’il a oublié de parler lentement.

Plus tard, Oncle m’a expliqué. J’aurais dû dire « hiking » et non pas « mountain climbing ». Là-bas, « climbing » fait penser à l’escalade. Marcher quelques heures c’est « hiking ». Et « trekking » c’est la randonnée sur plusieurs jours.

Mon père et le père de Hee-jeong ont décidé d’arrêter la montagne pendant un moment. À mon avis, c’est vraiment le secret de la bonne santé. 07 h 00 Réveil. Je regarde la météo. Nuageux mais bon. 07 h 15 Papa ne se lève pas. 07 h 20 Papa dit qu’il n’ira pas. Même Maman se lève pour le réveiller. Il refuse toujours. Alors Maman menace d’annuler son congé sabbatique. Papa bondit. 07 h 25 Papa somnole aux toilettes. Nous le réveillons. 07 h 30 Papa appelle Hee-jeong. Nous arriverons à 8 h 10. Hee-jeong dit de venir à 8 h 20. Son père n’est pas encore levé. Elle est en train de le réveiller. 07 h 40 Petit-déjeuner préparé par Maman. Papa mange à peine. Maman insiste. Il finit par noyer le riz dans la soupe et avaler sans mâcher. 08 h 00 Maman prépare l’eau et les fruits. Elle dit que nous achèterons le déjeuner au marché en bas de Dobong-san. 08 h 20 Arrivée chez Hee-jeong. Sa mère prépare des inarizushi. 08 h 25 Papa en vole deux. 08 h 26 Sa mère lui dit d’arrêter. C’est pour le déjeuner. 08 h 28 Le père de Hee-jeong va aux toilettes. 08 h 35 Il en sort. 08 h 45 Le père de Hee-jeong règle le GPS. 08 h 48 Départ pour Dobong-san ! 09 h 30 Arrivée au parking. 09 h 40 Achats : jokbal, quatre kimbap et quatre concombres. 09 h 50 Dispute sur l’itinéraire. Les deux pères veulent monter jusqu’à Sinseon-dae. Hee-jeong et moi disons que c’est trop. Ui-am suffit. Son père insiste lourdement. Aujourd’hui ce sera Sinseon-dae. 10 h 05 Mon père souffle jusqu’au menton. 10 h 10 L’autre père aussi. 10 h 55 Après Dobong-san-jang, les gens se reposent. Le père de Hee-jeong dit que c’est Madang-bawi. Hee-jeong et moi partageons un concombre. Papa sort un couteau pliant pour l’éplucher. Mais nous sommes déjà en train de le manger avec la peau. Il range le couteau, embarrassé. Hee-jeong glousse. 11 h 10 Nous atteignons le vrai Madang-bawi. Donc l’endroit au concombre n’était pas Madang-bawi. Hee-jeong et moi décidons de l’appeler « Faux Madang-bawi ». Sur le vrai, la vue s’ouvre soudain et ho-yeon-ji-gi se cultive pleinement. En montant je lui prends la main. Mon cœur fait boum boum. 11 h 20 Depuis Madang-bawi nous partons vers Jaun-bong. La vraie randonnée commence. Les deux pères baignent dans leur sueur. 12 h 30 Arrivée à Sinseon-dae. La dernière partie est un peu impressionnante. Hee-jeong n’a pas peur du tout. Trop de monde pour rester. Séoul s’étend en panorama. Photo souvenir. 12 h 35 Là-haut, Hee-jeong me prend doucement la main. Mon cœur bat un million de fois plus vite. 12 h 40 Quelqu’un dit qu’il fait 32 °C à Séoul. Les deux pères, en même temps, ont un sérieux vertige. 13 h 00 Déjeuner. Inarizushi, kimbap, jokbal, œufs durs et concombres. Les deux pères reprennent un peu de couleur. Ils veulent désespérément un verre de makgeolli. Début de la vallée : bain de pieds. Pieds gelés, tête gelée. Mais quel bonheur. 15 h 00 Descente finie. Photo devant la stèle du poète Kim Su-yeong. 16 h 30 Embouteillage. Arrivée chez Hee-jeong avec trente minutes de retard. 17 h 00 Tout le monde au jjimjilbang. Les deux pères vont dans la salle de repos et ronflent. C’est si fort que les autres hommes fuient. Quelqu’un dit : « Double canon. » 20 h 00 Mon père déclare qu’il ne retournera pas à la montagne pendant un moment. Le père de Hee-jeong joint la déclaration. Les mères applaudissent.

Je me suis endormi en pensant au toucher de la main de Hee-jeong à Sinseon-dae.

Fin du bonheur, début du malheur. Le calendrier des examens finaux est sorti.

 Mardi 5 juillet : Coréen, Études, sociales Morale

 Mercredi 6 juillet : Anglais, Musique

 Jeudi 7 juillet : Sciences, Caractères Chinois

 Vendredi 8 juillet : Maths

Après l’école je suis allé étudier chez Dong-wan. Il y a huit matières. Je ne sais pas par où commencer. Dong-wan m’a dit de verrouiller d’abord coréen–anglais–maths, puis d’aborder plus calmement les matières de mémorisation ensuite. Donc cette semaine je me concentre sur les maths.

Le coréen et l’anglais me font peur.

Encore chez Dong-wan après l’école. Je voulais me concentrer sur les maths, mais l’inquiétude pour le coréen et l’anglais m’empêchait d’avancer. Les matières par cœur m’angoissent aussi.

Tante Jeong-su a appelé à la maison. Cette semaine, dit-elle, c’est « maths uniquement ». Maman et Papa, eux, ne montrent aucun intérêt pour mes examens finaux…

Papa supplie Maman d’une voix nasillarde. Il veut juste un billet d’avion pour l’Europe. Il chante même qu’il veut partir en Europe le mois prochain. Papa a vraiment du culot.

Je crois que Papa a perdu la tête. Il a acheté trois guides de voyage sur l’Europe et les a étalés bien en vue sur la table pour que Maman les remarque. Mais Maman les a regardés et m’a grondé : « Byeok, quand tu auras fini, range-moi ça ! » Cela faisait si longtemps qu’elle n’avait pas vu Papa lire qu’elle a pensé que c’était moi qui avais tout étalé. J’allais expliquer mais Papa a vite tout rangé.

Tante Jeong-su m’a gardé toute la journée. Maths le matin, puis free-talking anglais avec Mr Jamie à midi, curry préparé par Tante, puis encore des maths l’après-midi.

« Quatre-vingt-sept points. Mais seulement si tu ne fais aucune erreur stupide. »

Tante a prophétisé ma note de maths au final. Je me suis senti comme un héros grec recevant un oracle. Quatre-vingt-sept, c’est déjà énorme !

Papa m’a fait une proposition secrète. Pendant les vacances d’été je devrais supplier Maman de nous laisser partir en Europe. Et il me suivra « comme tuteur ». J’ai remis discrètement les guides d’Europe que Papa avait achetés sur la table.

Annonce-choc de Maman !

Elle va offrir à Papa un billet d’avion pour l’Europe à tarif réduit fin juillet. Elle dit que Papa a travaillé quinze ans pour nous et mérite de profiter un peu. Papa, nasal : « Chérie, je t’aime. » Maman, nasale aussi : « Désolée, ce n’est pas un vol direct. » Moi, nasal : « Et moi ? » Et Papa : « Toi, tu étudies pour les finals. »

Papa, traître !

Papa a soumis son plan sabbatique à Maman. Maman examine le dossier.

Le plan sabbatique de Papa a été rejeté à l’inspection. Il avait oublié la partie arrêter de fumer.

Le plan a finalement été approuvé. De justesse. Ouf. Demain Papa va travailler pour la dernière fois puis il sera au chômage. Et pourtant il est fier. Tout cela grâce à Maman.

— Plan sabbatique de Heo Su-jeong —

  1. Arrêter de fumer.
  2. Demander la réduction d’assurance bonne santé et l’obtenir absolument.
  3. Se lever à 7 h comme d’habitude.
  4. Prendre en charge tous les travaux ménagers (banchan de base, vaisselle, déchets alimentaires, courses, ménage, lessive, etc.).
  5. Ne jamais demander à sa mère de préparer des banchan.
  6. Ne pas regarder la télé pendant la journée.
  7. Ne pas boire trop de café. Une tasse par jour !
  8. Faire 30 pompes par jour.
  9. Être en forme pour faire plus de 10 tractions.
  10. Manger lentement.
  11. Pas de repas tardifs.
  12. Ne pas trop boire.
  13. Ne pas jurer en conduisant.
  14. Couper correctement les ongles de pied.
  15. Être loyal envers sa femme Min Jeong-ran ! Pas une seule ligne sur moi… Je ne suis même pas un enfant ramassé dans la rue…

La moitié de l’année est déjà passée. Le temps file.

Après l’école j’allais étudier avec Dong-wan. Au moment de sortir, Jong-gu se tenait près du portail avec un homme que je ne connaissais pas. Inquiets, nous avons crié : « Jong-gu ! » Jong-gu et l’homme se sont retournés, surpris.

— Vous allez réviser ? demanda Jong-gu en nous faisant signe.

— Oui. Tu viens ? dit Dong-wan.

— C’est mon frère. Dites bonjour.

Son frère avait l’air d’avoir cinq ans de plus que nous. C’était la première fois que j’apprenais que Jong-gu avait un grand frère. Je ne suis jamais allé chez lui. Je ne pense pas que Dong-wan y soit allé non plus. Et pour être honnête, je n’en ai pas très envie. Ses parents me font peur.

En y réfléchissant, je ne sais pas grand-chose de Jong-gu. Je ne l’ai jamais contacté le premier pour qu’on se voie. Quand il est de bonne humeur il déborde d’énergie et devient expansif. Sinon il devient sombre et silencieux.

— Bon, j’y vais. Prends soin de toi, d’accord ? Je reviendrai, dit son frère.

Jong-gu le serra dans ses bras. Son frère lui tapota le dos.

Nous avons marché tous les trois sans parler. Jong-gu devant, Dong-wan et moi trois ou quatre pas derrière. Jong-gu se retourna.

— Mon frère ne vit pas avec nous. Putain de merde.

Je ne savais pas quoi dire.

— Il a quitté la maison en Seconde. Mon père le frappait comme un fou. Putain de merde.

Sur ces mots il continua à marcher. Aujourd’hui l’ombre de Jong-gu semblait étrangement longue.